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Débat entre Lili Sans-Gêne et le docteur Patrick Theillier.

Comment peut-on encore croire en 2015 que Dieu fait des miracles pour guérir des gens, alors que c’est la médecine qui sauve des vies, sans qu’on ait besoin de Dieu !

Je suis bien d’accord avec toi : c’est le rôle de la médecine de sauver des vies. Remarque d’ailleurs que l’Église n’a jamais été opposée à la médecine et aux médecins, se félicitant des progrès médicaux et soutenant les professionnels de santé dans leur activité. Elle-même gère de nombreux hôpitaux et dispensaires de par le monde, spécialement dans les pays les plus déshérités. Elle n’attend pas des miracles pour soulager les souffrances ! Dieu agit à travers la médecine et les acteurs de santé. Il ne prend pas la place des médecins… OK ?

Maintenant, exceptionnellement, il peut faire en sorte qu’un malade guérisse miraculeusement, mystérieusement. Dieu est Dieu, il est le médecin des âmes. Dieu agit dans le cœur des hommes et, parfois, son action divine peut se déployer aussi dans le corps, provoquant alors une guérison physique inexpliquée : c’est là qu’on pourra éventuellement parler de miracle. Ainsi, les miracles ont pour objectif premier non pas de faire concurrence à la médecine, mais de nous remettre devant l’essentiel, devant le mystère de la vie et de la mort. À travers une guérison physique visible, ils rappellent, à ceux qui veulent bien le voir, que toute vie dépend de Dieu et que nous avons aussi besoin de guérison plus profonde, de guérison de l’âme, pour notre salut éternel.

Bref, Dieu fait des miracles – et il en fait tous les jours, invisibles – pour nous rappeler qu’il est la Vie et que toute vie dépend de Lui.

Regardez à Lourdes, par exemple, LE lieu des miracles pour les chrétiens : eh bien ! depuis le XIXe siècle, il n’y a eu que 69 guérisons officiellement reconnues comme « miraculeuses ». C’est très peu, finalement : mieux vaut aller à l’hôpital, il y en a plus ! 

Là encore, je suis d’accord avec toi : si tu tombes malade, surtout va voir un médecin. C’est Dieu qui l’a créé ! Lourdes n’est pas un hôpital, c’est un lieu où, par la prière, des guérisons peuvent survenir. Et on ne sait même pas combien de guérisons ont pu avoir lieu, car personne n’est obligé de se déclarer guéri. Dans les archives du Bureau médical, c’est plus de 7 000 guérisons qui ont déjà été recensées pour, en effet,
69 miracles officialisés. Ce qui veut dire que l’Église ne reconnaît pas plus d’un miracle sur cent guérisons alléguées, tellement elle pose des critères restrictifs et se range derrière l’avis du corps médical qui va chercher toutes les explications possibles à une guérison improbable. Sois-en certaine : l’Église ne cherche en aucune façon à multiplier les miracles « homologués ».

La science explique beaucoup plus de « miracles » aujourd’hui que dans le passé. Ce qui signifie que ceux qu’on ne parvient pas encore à expliquer, on pourra sûrement les comprendre plus tard, grâce aux progrès scientifiques. 

Désolé, la science n’explique pas tout, sauf à tomber dans le « scientisme ». Ce que la science peut débusquer ce sont les faux prodiges. Les miracles reconnus par l’Église ne sont pas des prodiges, ce sont des faits réels qu’un scientifique peut constater. Il n’y a pas d’opposition entre la science et la foi. Un miracle, ce n’est pas l’impossible qui se réalise, ni qu’un rond devienne carré, c’est un événement surprenant avec un sens spirituel. Si on ne retient que le sensationnel, c’est sans signification, c’est donc insignifiant.

Comment pouvez-vous prendre au pied de la lettre les guérisons que Jésus accomplit dans les Évangiles ? C’est évident qu’il avait un très grand pouvoir de suggestion et que de nombreuses personnes, crédules, faibles, ont été très impressionnées par lui, au point que les symptômes de leur maladie ont disparu. 

Admettons un instant qu’un effet suggestif ait pu quelquefois agir, la suggestion ne guérit pas un aveugle de naissance, ni ne rend la vie à un mort. Jésus a guéri beaucoup de malades, mais pas tous : ce n’est pas son rôle. Ce qu’il faut comprendre, ma chère Lili, c’est qu’ici aussi, les guérisons opérées par Jésus ont un sens, une signification : elles attestent que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu. Voilà ce qui est important pour nous encore aujourd’hui. Et tous ses miracles préparent surtout les esprits au miracle des miracles qui est sa résurrection : Jésus est sorti de son tombeau, vivant. Il est le Vivant et il donne la Vie éternelle à ceux qui croient en Lui.

Croyez-vous vraiment que Moïse ait fait miraculeusement jaillir de l’eau de la roche du désert ? Mais non ! C’est un phénomène très connu dans cette région : c’est en raison du sous-sol calcaire que l’eau sort très facilement de terre.

Que l’eau sorte facilement de terre dans cette région est tout à fait secondaire. Ce qui est important c’est que Moïse a obéi dans la foi à l’ordre de Dieu. L’eau qui jaillit à ce moment-là est un signe adressé par Dieu, que l’on peut admettre ou non, car un signe n’est jamais contraignant, il laisse libre. Si Dieu se manifeste à nous par des signes, c’est justement pour nous laisser libres d’y croire ou pas. Parler de miracle à propos d’un événement extraordinaire, c’est faire un acte libre de foi qui lit dans la matérialité de l’évènement autre chose que le fait, en étant attentif au contexte de prière et de foi qui lui donne sens, hier (du temps de Moïse), comme aujourd’hui. Tu me suis ? Ainsi, pour admettre un miracle il faut reconnaître que Dieu est le principe dynamique ultime et suprême de ce monde, sans être un élément du monde (on dit qu’il est « cause première »), et qu’il peut, dans sa souveraine liberté, utiliser tout moyen comme possibilité de communication avec les hommes, pour donner un indice de son Existence.

Comment des personnes intelligentes peuvent-elles croire que Marie soit tombée enceinte de Jésus « par l’opération du Saint-Esprit » ?! Soyons sérieux : certaines espèces animales peuvent se reproduire sans gamètes mâles, mais pour des humains, c’est impossible. Elle a fait l’amour avec un homme, quel est le problème ?

Là, tu poses beaucoup de questions à la fois… Mais peut-être faudrait-il dire « à la foi », parce que seule la foi, en effet, peut admettre que Marie soit enceinte sous l’action de l’Esprit Saint. L’ange (l’envoyé de Dieu) qui lui annonce cet événement, en lui-même impensable, lui dit bien : « Rien n’est impossible à Dieu. » Voilà la vérité. Tout miracle, a fortiori un tel miracle, est signe de contradiction, qui nous oblige à nous positionner pour ou contre. À toi de choisir !

Médecin libéral pendant vingt-cinq ans, puis responsable du Bureau des constatations médicales de Lourdes de 1998 à 2010, le Dr Patrick Theillier est actuellement retraité à Pau, vice-président de l’Académie diocésaine pour la vie (diocèse de Bayonne). Retrouvez l’article sur l’1visible : http://l1visible.com/on-serieusement-croire-aux-miracles%e2%80%85/